Sous la rubrique "Variations", Denis-Constant Martin commence ainsi dans Critique internationale n°7 - avril 2000, un article très intéressant intitulé
Cherchez le peuple...
Culture, populaire et politique
Prépare ta couche pour deux
Pour toi et pour moi
Que de nouveau nous nous étreignions
Que tout redevienne vivant.
Mikis Theodorakis, 1965
(traduction Tatiana Yannopoulos)
C'est en chantant ces vers, et la mélodie qui leur permet de prendre leur envol, que la gauche athénienne manifestait dans les rues au milieu des années soixante, avant le coup d’État des colonels. Chanson d’amour, indéniablement ; chant de retrouvailles et d’union, sans doute ; proclamation d’un désir de renouveau, de recommencement, probablement ; oeuvre d’un homme qui incarnait alors la démocratie et le progrès, certainement. Mikis Theodorakis était à la fois un homme de l’élite et un porte-flambeau de la gauche, un musicien savant qui produisait de la musique populaire, un auteur de chansons d’amour réemployées pour faire sonner les manifestations contre le pouvoir et les menaces de dictature, où se mêlaient ouvriers et gens aisés de Kolonaki... Ici, comme le plus souvent, dans et autour d’un produit culturel se mélangent intimement ce qui est ouvertement politique et ce qui semble ne pas y avoir à faire, se confondent ce qu’on suppose être populaire et ce qui paraît ne pas l’être. Ce mélange, ces entrelacements soulignent la complexité des rapports qu’entretiennent dans les réalités culture et politique, rappellent que la catégorie de populaire n’est, en général, ni précise ni discriminante et que, lorsqu’elle qualifie la culture, elle suggère un ensemble flou dont les capacités analytiques et heuristiques sont, à tout le moins, peu évidentes.
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