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Vous êtes ici : Œuvres Cycles de chansons (1974-2005)

Mémoire de la pierre - Poèmes




I.
MEMOIRE DE LA PIERRE

Mémoire de la pierre, corps de la pluie
tireur d'une autre époque;
tout bon marché, oublié de tous,
tout simplement, parce que c'est fini.

Mais maintenant que la tempête monte
que nous cherchons des ports pour nous cacher
tout simplement, tuant les musiques
nous n'entendons pas le danger qui approche.

Larmes du pin, sang d'une blessure
cellules blanches d'une prison vide;
tout bon marché, oublié de tous,
tout simplement, parce que c'est fini.


II.
LETTRE PERDUE

Je suis un mensonge rue de l'Université
je suis une feuille blanche rue d'Eole
ne perds pas ton temps à me chercher l
à où nous nous sommes vus si souvent, car:

La système m'a embrigadé
je fus porté disparu en mission;
étranger je suis dans mon pays
aucune lettre ne peut m'être délivrée.

Les marches du soleil ont des fissures
il ne fait plus chaud le jour
le soldat inconnu de la place de la Constitution
s'est levé et s'en est allé, car:

II est dégoûté des parades
le rêve se brise comme du verre;
souviens-toi: voici les Balkans
et le Proche Orient trahi également.


III.
CEUX QUI NE SONT PAS SUSPECTS

Autrefois le soleil se levait sur Athènes
et brillait pour nous;
il y avait une chaude pluie
qui tombait sur nous.
Elle arrosait nos fleurs
pour faire germer nos erreurs!

C'est ainsi que nous touchions
le gouffre de la solitude
dans des maisons parallèles et plates
nos idéaux:
un poste dans le service public
et un autre dans les stades.

La nuit, les amoureux sortaient
dans la forêt pour s'embrasser;
mais la vie ne tenait
qu'à un fil
qui un jour se cassa
et l'orage éclata.


IV.
L'ASCENSEUR

L'ascenseur qui me monte
au centième étage
les prescriptions sont sévères:
«Pour deux personnes seulement!»
Le couloir est un tunnel
une mine une galerie
parfois on entend:
«Troisième porte à gauche!»

Je t'avais promis
les îles du Paradis
maintenant je ne trouve que
jurant et râlant
le chemin vers toi.

Des fenêtres qui regardent
vers le lointain infini
des souvenirs qui sentent
la menthe et l'eucalyptus.
Tu me regardes et tu as peur
que je puisse briser tes rêves:
quel bonhomme insignifiant
est devenu ton ancien héros!


V.
LES MORTS NE TROUVENT PAS DE REPOS

Cette maison sacrée
elle est détruite par la misère
exhibée jusqu'à la nausée
démolie par des mains étrangères,
cette maison!

Alexandre le Grand est en retard,
il tarde à venir, quand viendra-t-il;
encore un mois de mars
les morts ne trouvent pas de repos
sous la terre.

Cette maison a besoin qu'on y travaille,
les tuiles doivent être changées.
Mais qui allume le feu
pour brûler tous ces débris?
Cette maison!


VI.
UN JOUR
Un jour cet amour lui aussi finira
et nos larmes
retourneront vers les sources secrètes.
Un jour, au grand crépuscule,
la lune aussi mourra de froid.

Comment voyager avec l'amour
comment en finir d'un trait
les sirènes nous coincent
et vident la pensée et le corps.

Que l'herbe de la terre pousse
de nos veines
que des jeux d'eau, la lumière jaillissent
de la vie.
Un jour le temps reviendra
où même le sang se desséchera.


VII.
SOLITUDE
Mon amour aux cheveux noirs chant du feu,
l'amertume sur les lèvres;
qui a semé sur les marches du jardin
un mardi d'avril la séparation.

Mon amour, si tu n'es pas chez moi
l'obscurité m'écrase
ma solitude enlève le veston
et la mort prépare le café.

Mon amour oublié dans les montagnes
personne ne se souvient plus de nous;
à l'endroit où ton cœur a battu
le soleil descend et se couche.


VIII.
TON NOM N'EST PAS UN MOT

Ton nom n'est pas un mot
il est un arbre brillant
il est ma racine au soleil
il est le salut devant le néant.

C'est pourquoi quand je t'appelle
l'abîme se transforme en jardin
et le chuchotement de l'agonie
dans le clair-obscur devient un psaume.

Il est le battement de l'aile des anges
sur l'autel de l'église
il est le pas du loup
à la lisière du royaume des étoiles.

Ton nom n'est pas un mot
il est l'éclair du crépuscule
il est la tempête qui provient
d'antiques incendies de forêts.


IX.
TRIPOLIS

La nuit monte comme l'eau
dans ma chambre
et d'une taverne dans la nuit
montent des chants tristes
qui pleurent pour toi
et pour moi.

Les oiseaux frappent à ma fenêtre
la tempête monte;
des bateaux en haute mer font hurler
en ce jour leurs sirènes
et partent en tristesse
ils pleurent pour toi
et pour moi.

Je pense toujours à ce temps-là
je pense toujours à Tripolis
nous sommes les années écoulées comme l'eau
des chants tristes montent
qui pleurent pour toi
et pour moi.


X.
EMIGRANT

Je n'écris que des chants tristes
des danses populaires mélancoliques
moi, l'émigrant sans origine
dans ce pays trahi.

Mes chançons, elles pleurent
sur un rythme rébétique
parlent des expulsés
et maudissent les puissants.

J'écris toujours des lamentations comme celles
de Mani ou comme le sirtos d'Epire
car la Grèce, au fond de mon coeur
dépérit, s'éteint et se meurt.


XI.
LE VENDREDI MATIN

Dans une taverne solitaire
la mort est venue te chercher
avec tes vingt ans
le vendredi matin.

Tu as passé ta vie en poussant
des jurons et des malédictions
dans tes cheveux peignés tu portais
du laurier et des chrysanthèmes.

Tant d'années détruites
dans un combat inégal
et par l'ouzo ta malédiction
sentait l'anis douceureux.

Ton veston dans un coin
enfant silencieux
émigrant à Nea Makri
venu de là-bas, de Militos.


XII.
PATRIE

Un vent froid du nord descendit
la nuit de l'Acropole
fauche les fleurs
pleure et raconte du byzantique:
O patrie,
à crédit ils te jouent aux dés!

Les années pétrifiées
s'approchent et nous couvrent
comment me souvenir
des maisons et des hommes dans les profondeurs
O patrie,
à crédit ils te jouent aux dés!

Le corps d'Androutsos pleure
comme la mer salée
O homme, comme les temps changent
aujourd'hui les Bavarois nous gouvernent
O patrie,
à crédit ils te jouent aux dés!

O amertume du désespoir
tu fleuris dans notre sommeil
des naufragés inconnus nous sommes
dans notre propre pays
O patrie,
à crédit ils te jouent aux dés!


© Michalis Bourboulis - Traduction-adaptation par © Guy Wagner



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