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Maria Farantouri et Henning Schmiedt (Photo: Guy Wagner)
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Nous avons retrouvé Maria Farantouri à Paris, à l’Auditorium de Saint-Germain, où elle s’est présentée au public de la capitale française.
Il y avait beaucoup de Grecs, bien sûr, mais surtout, beaucoup de jeunes. Et quitte à ce que la sonorisation posât problème aux répétitions, cela allait mieux pendant le concert: Maria était en une forme si éblouissante qu’elle n’avait guère besoin d’amplification.
Le pauvre Henning Schmiedt, l’arrangeur, le pianiste modèle, lui, avait davantage de soucis avec son instrument coréen. C’est apparemment la marque la plus vendue dans le monde, mais la qualité est tout juste bonne pour une soirée « honkey-donkey ». Aussi fallait-il tout l’art et toute la subtilité de cet excellent interprète pour lui donner des couleurs et une expressivité dignes du chant de la grande interprète grecque, sans oublier ses partenaires,
Thanassis Zotos d’abord, qui en début de la seconde partie interprétait trois chansons de Theodorakis et une très belle de son frère Yannis, toujours fidèle au bouzouki et à la guitare, comme le furent Volker Schlott, superbe au saxophone et à la flûte, ainsi que Ulrich Meisch, remplaçant cette fois-ci, remarquablement, Jens Naumilkat au violoncelle. Ils réalisaient un tapis musical richement colorié et finement tissé.
Maria Farantouri s’est montrée particulièrement généreuse dans un récital excellemment équilibré, quitte à ce que la première partie, l’entrée en matière pour ainsi dire, ait été plus riche, plus nuancée encore que la seconde, tant pour la diversité des chansons que pour l’interprétation.
Avec une facilité déconcertante, Maria passa d’une musique au lyrisme exacerbé de Theodorakis à un chant élégiaque d’un compositeur inconnu d’Asie mineure de 1913, d’un rébétiko de Vamvakaris à une supplication érotique de Sappho et au «Cantique des cantiques» du roi Salomon, rendu en ancien grec sur une superbe musique de Manos Hadjidakis: Ce chant d’une ineffable beauté fut pour moi la révélation de la soirée qui en contenait de nombreuses et montrait bien la richesse et l’intensité de la création musicale hellénique.
Toute cette diversité a connu son épanouissement grâce à Maria Farantouri, l’unique. Sa voix toujours également splendide passait de graves ardents à des aigus intenses, se pliait à chaque variation dans l’expression, rendait chaque nuance des textes, colorait les intonations, chantait des pianissimi d’une force intérieure à vous faire retenir le souffle et appuyait son chant de gestes si éloquents qu’il en devenait encore plus expressif pour aboutir à cet autre sommet d’intensité qu’était l’autre « Cantique des cantiques », celui de « Mauthausen », le cycle qui a révélé la chanteuse, il y a près de quarante ans…
Et c’est sur des airs aussi connus que le « Dimanche nuageux » de Tsitsanis, « Aprilis », « Sto Perigiali » et d’autres splendeurs de Mikis, mais surtout un « Dromi pali » plus bouleversant que jamais, qu’après plus de cent quarante minutes de musique, s’est fini un récital qui restera gravé dans nos mémoires et nos cœurs.
Il y a eu des ovations debout pour la « Divine ». Qui s’en étonnerait?
© Guy Wagner, 2001
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