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THEODORAKIS SUR LA MORT DE CHRISTOS D. LAMBRAKIS






Lambrakis & Theodorakis




Peut-être peut-il paraître excessif, mais suis obligé de dire ce que je ressens alors que j'ai appris la nouvelle dramatique : « Je ne peux pas imaginer la Grèce sans la présence de Christos Lambrakis. »
J’ai vécu avec lui, à côté de lui, en désaccord, en accord, en colère, content, malheureux, heureux, mais toujours ensemble avec lui. De 1960 jusqu'à aujourd'hui où nous l’avons perdu à jamais.
Au-delà cependant de nos relations personnelles, le plus important était que Christos Lambrakis ait été indissolublement lié à la vie de la Grèce en ayant le pouvoir d'influencer de nombreuses fois l'opinion publique et en même temps l'évolution politique et culturelle, comme un catalyseur. On pouvait occasionnellement avoir des opinions divergentes sur ses choix, mais vu en profondeur, on ne pouvait que reconnaître que ses motivations aient toujours été sérieuses et responsables, comme on ne pouvait que reconnaître la richesse et la puissance de sa pensée, qui reflétait une rare formation intellectuelle faisant de lui une vraie autorité, notamment en ce qui concerne la réalité politique, culturelle et artistique, tant en Grèce qu'à l'étranger. Et il a eu la rare faculté de la synthèse et de l’analyse qui l’a aidé à être toujours pertinent. Et très souvent pionnier, spécialement en ce qui concerne la révolution technologique qui est la principale caractéristique de notre époque.
S’il a pu exceller dans le secteur du journalisme, où le pouvoir de sa pensée et la force de sa volonté lui ont valu une avance sans précédent depuis un demi-siècle et une souveraineté essentielle, son grand amour cependant a été l'art et surtout la musique. Un amour qui s’est incarné dans le Palais de la Musique, une création unique d’une seule personne, une création presque incroyable si l’on considère que tels travaux colossaux sont dans d’autres pays des réalisations exclusives de gouvernements tout entiers.
Je pense que c'était une source de grande joie et de satisfaction pour Christos Lambrakis d’avoir pu vivre assez longtemps pour voir son oeuvre achevée. Un projet de centre culturel moderne au rayonnement international qui a mis la Grèce sur la carte des pays civilisés.

Et pour que son souvenir reste vivant à jamais.

Athènes, le 21.12.2009

Mikis Theodorakis