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A PROPOS DES QUATUORS DE THEODORAKIS





Nouveau Quatuor Hellénique
Contrairement à ce qui avait généralement admis même par les meilleurs spécialistes, Mikis Theodorakis n’a pas seulement composé un quatuor, mais au moins quatre.










Du moins, ceux qui sont maintenant répertoriés, constituent-ils l’inventaire actuel de ses réalisations dans ce domaine particulièrement périlleux de la création musicale.

Quatuor n° 1 : « Le tournant »

En 1944 (à la fin de l’occupation de la Grèce par les troupes de l’axe) et 1945 (essentiellement le début de la guerre civile) deux « tournants » principaux se sont produits dans la vie du compositeur. L’un dans sa vie personnelle, avec sa rencontre et sa relation amoureuse avec Myrto, l’autre, simultanément, dans sa musique avec l’exploration systématique de la musique de chambre comme forme importante de son expression musicale. La composition du Quatuor n° 1 marque le début de cet effort. Le dénommé « tournant » se rapporte également à l'endroit dans Nea Smyrni où Mikis et Myrto ont eu leurs premiers rendez-vous et qui depuis lors était devenu leur lieu de réunion habituel.

Quatuor n° 2 : « Le Cimetière »

« Le Cimetière » est le sous-titre de la poésie de Dionysios Solomos « la Mère folle » qui a occupé le compositeur depuis ses dix-sept ans. C’est, en effet, en 1942 qu’il en a pris connaissance et qu’il en a été subjugué. Cette fascination durera pendant plus de cinquante ans, jusqu'en 1996, quand il a achevé la seconde version de sa Troisième Symphonie. Ce qui l'a touché le plus dans ce poème, ce fut le premier vers : « Maintenant que la nuit claire nous a inopinément trouvés, et que là, sur les rochers, la mer se brise doucement sur les galets. » La patrie de Theodorakis avait été envahie par la « longue nuit » de l’occupation étrangère qui était sur le point de se répéter l’année juste après, par la guerre civile. Le Quatuor n° 2 est l'une des nombreux œuvres musicales basées sur le poème de Solomos.

Quatuor n° 3 : « Epoca Nocturna »

Exactement à la même période (1948) où Theodorakis, tout en se cachant et en étant persécuté par la police, créait un grand corps d’idées musicales sur lesquelles il allait construire, notamment, le Sextuor, « Passion des Sadducéens » et l'ode pour orchestre à cordes « Oedipus Tyrannus », de l'autre côté de la planète, dans le Chili lointain, Pablo Neruda, lui aussi se cachant et étant poursuivi, a écrit, dans « Libertadores » (Canto General), la ligne : « nuestra epoca nocturna » (notre époque nocturne). Il est clair, grâce à une autre référence dans le poème, qu'il pensait également à la Grèce : « ... hoy que los pistoleros se pasean con la ‘cultura occidental’ en brazos, con las manos que matan en Espana,y lash orcas que odscilan en Atenas, ylas deshonora que gobierna a Chile… »
« Aujourd’hui où les bandits se promènent
avec la culture ‘occidentale’ sous le bras,
Leurs mains qui assassinent en Espagne,
et les potences qui oscillent à Athènes
et le déshonneur qui gouverne le Chili … »
En même temps, Theodorakis vivait sa propre « Epoca Noturna » dans les heures sombres qui s’étaient abattues sur le cœur d'Athènes, écrivant son Quatuor n° 3 sous l'ombre des potences, essayant de transformer la terreur en musique.

Quatuor n° 4 : « Maza »

Maza est un village en Crète occidentale d'où est originaire la famille paternelle de Theodorakis, dont le patriarche était le célèbre joueur de lyre Thodoromanolis, qui a été pendu par les Turcs au début du 18e siècle. C'était lui qui a substitué la lyre crétoise (un type de rebec) au violon, et dont des chansons et les danses sont devenues une partie de la tradition populaire. Le mot « maza » (aussi : masse) a été inspiré par les masses rocheuses des montagnes blanches qui combinées avec les rythmes guerriers de l’insurrection crétoise (de soulèvement en soulèvement l’insurrection a duré plus d'un siècle) évoque parfaitement les masses acoustiques et les modèles rythmiques abruptes qui caractérisent la musique de cette composition unique en son expressivité.

Les quatre quatuors sont disponibles sur le premier de deux CD LEGEND CLASSICS 2201655962. Ils sont superbement interprétés par le NEW HELLENIC QUARTET, composé de Georgios Demertzis et Dimitris Chandrakis, violons, Angela Giannaki, alto. et Angelos Liakakis, violoncelle.



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