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28.05.06: Paris fête Mikis, la France honore Theodorakis





Ovation finale (Photo: Roger Crucq)



Paris, le 28 avril 2006.

Nous attendons la dernière chanson du programme généreux de Nena Venetsanou et de ses musiciens, lorsque Yorgos Archimandritis et Louis Gautier s’approchent du micro et nous annoncent que le président de la République Française a décidé d’élever Mikis Theodorakis au grade de Commandeur de la Légion d’Honneur.

Ce fut une surprise totale, mais surtout un beau moment de ferveur, grâce à l’enthousiasme avec lequel le public a accueilli la nouvelle.

Auparavant, pendant plus de deux heures, il avait pu constater que Theodorakis est un très grand compositeur qui mériterait une pareille distinction en cette seule qualité, même en laissant de côté son constant engagement politique et ses passionnants écrits.

Le programme du concert était intelligemment conçu par Nena Venetsanou elle-même pour montrer les différentes facettes de l’œuvre de Theodorakis, avec des chansons tirées tant des grands cycles (Epiphania, La Ballade du Frère Mort, Epitaphios ou Mauthausen), que de l’oratorio Axion Esti et des musiques de scène (L’Otage) et de film (Phaedra, Biribi).

Des partenaires sensibles

Dans la première partie, Venetsanou – calme, altière et souveraine – avait choisi de se faire accompagner par la pianiste d’origine chypriote, Elena Mouzala, qui s’est révélée être une accompagnatrice, – mieux: une partenaire –, attentive, fine et sensible. Le programme avait également prévu deux solos pour la pianiste, avec quelques-uns des Préludes, des pièces de 1947 déjà „classiques“, qu’elle a interprétées avec une belle expressivité et une clarté qui a rendu transparentes les structures complexes de cette musique innovatrice. Ensuite elle a conquis un public déjà enthousiaste avec une transcription personnelle et brillante d’extraits de la musique du ballet Zorba.

Nena Venetsanou possède un vaste répertoire de Theodorakis, et le choix de chanter en duo lui a permis de présenter des extraits d’une œuvre qu’on entend rarement en concert, les Eluard, chansons intimistes écrites à Paris en 1958 ... quelques mois seulement avant Epitaphios qui allait changer le cours de la musique et de la société en Grèce.

Au baryton Ioannis Idomeneos avait été confiée l’interprétation d’Omorphi Poli, la célèbre chanson du cycle Déserteurs. Celle-ci convenait excellemment à sa voix souple, riche en couleurs et en nuances. Idomeneos a également rejoint Venetsanou dans le légendaire Arnisi (Sto Perigiali), cette ballade combien évocatrice et envoûtante sur un texte de Séféris.

Une belle réussite

Après l’entracte, Nena Venetsanou choisit de chanter avec son excellent ensemble composé de Manos Avrakis, flûte à bec et harmonica, Yannis Sinanis, bouzouki, Vivi Gkeka, mandoline, Stavros Agianniotis, guitare classique, Haris Mermigkas, contrabasse et Solis Barkis aux percussions. Pour eux, Yannis Ioannou avait réalisé des orchestrations originales, dont certaines nous ont ouvert de nouvelles perspectives sur la création du maître.

Cette deuxième partie qui connut des moments très forts, comme Me tosa phila du cycle Romissini, chanté avec Idomeneos, et du sublime Asma Asmaton de Mauthausen, nous a paru encore plus réussie que la première dans la mesure où la voix puissante et grave de Venetsanou était encore mieux mise en valeur par un accompagnement plus ample aux couleurs variées.

Ce remarquable concert restera gravé dans nos mémoires et aura eu le grand mérite de faire (re)découvrir au public parisien l’exceptionnelle richesse de l’immense œuvre du grand Mikis Theodorakis.

Photos du concert par Roger Crucq