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19.11.ff.: De splendides concerts au Megaron






Ovation debout pour un grand compositeur - Photo: Guy Wagner
Les derniers concerts athéniens en l’honneur de Theodorakis ont constitué un indéniable sommet. Comment s’est-il fait alors qu’il n’y ait guère eu de publicité? Que pour la première soirée d’extraits d’opéras (21 novembre), il n’y ait pas eu plus de 600 personnes dans la salle? Indolence, malveillance, jalousie? La question est posée. On peut également en poser une autre: Méfiance? Réticence? Ignorance? Car, à notre époque, où tout repose sur le visuel, des extraits d’opéras en version concertante sont-ils à même d’attirer le grand public?

Et pourtant! Quel plaisir de retrouver des scènes et des airs aussi intenses que ceux de la tétralogie lyrique de Theodorakis – „Médée“, „Electre“, „Antigone“, „Lysistrata“ – où chaque opéra a son univers sonore bien à lui, où chacune des œuvres a son atmosphère propre, où chaque personnage a sa caractérisation musicale. Cela était d’autant plus vrai que les quatre protagonistes étaient chantées avec une grande conviction et un art parfait: Sonia Theodoridou (Médée), Daphni Evangelatou (Electre), Mata Katsouli (Antigone), Tzoulia Souglakou (Lysistrata) rivalisaient d’intensité et d’expressivité nuancée. Elles étaient brillamment secondées par leurs partenaires et les excellents chœurs de la ERT, expressifs et nuancés.

Et puis, les „Dresdner Symphoniker“, un ensemble ad hoc composé de musiciens des premiers pupitres de grandes formations! Ils savaient écouter, soutenir les chanteurs et les choristes, développer des nuances sonores, créer une atmosphère allant de la douleur et du désespoir de „Médée“ à la terrible tension engendrée par la progression vers la mort dans „Electre“, du douloureux hymne à l’amour d’„Antigone“ – moment sublime entre tous –, au triomphal chant de paix de „Lysistrata“. La richesse et la diversité de l’orchestration de ces opéras se révélaient grâce à la direction précise et engagée d’Eckard Stier, jeune chef issu du „Dresdner Kreuzchor“. Il avait assimilé de façon magistrale l’univers sonore, spirituel et culturel de Theodorakis, savait guider les voix et conduire le vaste ensemble de chanteurs, de choristes et de musiciens vers des sommets d’expressivité. Stier: un maestro qui est un maître.

Une musique de chambre authentique



Trois excellents musiciens - Photo: Guy Wagner
La musique de chambre de Theodorakis (19 novembre) garde nos faveurs, car elle contient en germe toute l’évolution future du compositeur, et il est toujours passionnant de retrouver les filons secrets qui relient ces œuvres des années ‘40 et ‘50 aux compositions qui ont fait sa renommée.

Le violoniste Iorgos Demertzis, le violoncelliste Dimos Gountaroulis et le pianiste Thanassis Apostolopoulos, nous ont offert les interprétations les plus remarquables que nous ayons jamais entendues des deux „Sonatines pour violon et piano“ et du formidable „Trio“. Ces réalisations sont devenues des leçons d’interprétation, car elles ont montré la différence avec des instrumentistes grecs qui, tout naturellement, saisissent l’essence de ces musiques.

Emouvantes sont les deux „Elégies“ composées en 1945, avec lesquelles le jeune Theodorakis disait son deuil sur les premiers morts de la guerre civile et son avenir incertain. On ne s’étonnera pas que le thème de la „Mère“ (de Solomos) qui a connu des ramifications jusque dans la Troisième Symphonie y apparaisse, tout comme dans la dernière des „Trois pièces pour Décembre“: „La mort de l’Andartes“ (du rebelle). Avec „Marche nocturne pour Makryiannis“ et „Prière“, celle-ci constitue l’émouvante transcription musicale de la tragédie d’Athènes blessée et redevenue une ville occupée.

Sommet du concert: la découverte – en création mondiale – de l’intégrale des „Danses Asikikos“ (1989), une superbe partition de onze pièces pour violoncelle seul sur des modes byzantins. A entendre l’interprétation époustouflante de Thanassis Apostolopoulos qui semblait littéralement faire corps avec son instrument, on a compris pourquoi cette œuvre n’avait pas encore été jouée: ses difficultés techniques sont telles qu’il faut un virtuose éprouvé pour les affronter. Ce fut le cas ici, et ainsi la musique a pu se révéler pleinement à un auditoire fasciné.


Photos des concerts - Photos: © Guy Wagner