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13.04.05: Maria chante Mikis (Critique)





Maria Farantouri à Ettelbruck - Photo: Arlette Schmit
Lorsque, vers 1963, la jeune Maria Farantouri rencontra Mikis Theodorakis, musicien déjà connu, politicien contestataire, chantre du combat pour les libertés, s'est-elle doutée qu'elle était face à son destin?






Il est des rencontres miraculeuses. Par son engagement politique, par ses combats, Theodorakis incarne l'archétype du musicien engagé, et en cela il devient au fil des ans, au fil des souffrances, au fil des exils et des tortures, un emblème de son pays, la Grèce, et, au-delà, un symbole pour tous ses amis épris de la liberté de conscience et de la liberté de l'artiste. La mythique Grèce a toujours produit des archétypes, également en matière artistique: une autre Maria, monstre sacré s'il en fut, la Callas, était Grecque d'origine, et s'il est vrai que l'on ne saurait que difficilement trouver des ressemblances à ces cantatrices, leur notoriété, leur valeur de symbole les rapproche d'une certaine manière tout à fait inattendue.

Fasciné par cette voix de contralto d'une expressivité exceptionnelle, Theodorakis aurait dit à Farantouri, raconte-t-on: "Tu seras ma muse, ma prêtresse!"; Pour y avoir cru, il a fallu à cette jeune fille âgée de 16 ans un grand courage et un culot sans pareil. Déjà Maria ne ressemblait à personne; on ne peut la comparer à aucune autre chanteuse: elle est donc incomparable.

La voilà sur la scène du CAPe, seule sous les projecteurs, flanquée de son fidèle accompagnateur au piano, Henning Schmiedt, à chanter des lieder de Theodorakis. La voix, parfois enrouée, mais constamment juste et d'une sensibilité à fleur de peau, est toujours présente et infatigable. Tous les registres y passent: la passion, la tristesse, la révolte, mais aussi la joie, la fureur de vivre, la tendresse. De ce grand corps se répand un magnétisme auquel nul ne saurait se dérober: le public est visiblement subjugué et concentré dans une ferveur quasi religieuse. Ce n'est pas seulement cette voix inimitable qui fascine; ce n'est pas uniquement l'idéologie sous-jacente qui séduit: Il y a dans sa manière de chanter à la fois une précision d'élocution et de justesse jamais prise en défaut, mais encore une grande liberté du phrasé, des décalages rythmiques parfois acrobatiques, une remarquable souplesse de la déclamation. Tout ceci fait que le discours de Maria Farantouri est unique. Même si l'on regrette parfois l'absence de la sonorité des instruments traditionnels grecs tellement prisée par Theodorakis, on n';a pas de reproches à faire à Henning Schmiedt qui suit les méandres de la soliste avec une très grande précision.

Une soirée qui restera longtemps dans nos mémoires!

Texte publié dans "kulturissimo" - mai 2005

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