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18 Chansons de la Patrie amère - Commentaire







Theodorakis - Ritsos, un tandem unique (Photo: Guy Wagner)
Au triomphe hymnique de la Marche de l’Esprit, Mikis Theodorakis, exilé, oppose la tragédie silencieuse de la Chanson de la patrie amère.

Lianotragouda est un cycle de dix-huit « quatrains » que Yannis Ritsos a fait parvenir clandestinement à Mikis. A l’exception de deux, il les a tous écrits en un seul jour dans le camp de déportation de Partheni sur l’île de Léros. Plus tard, il les a complétés et révisés, encore une fois en un seul jour. En raison de leur simplicité, le poète n’a pas voulu les voir publiés, mais seulement chantés.

Ces textes sont d’une pureté et d’une transparence telles que chaque mot touche et met à nu des blessures. Ils montrent la vulnérabilité d’un poète qui tire des douleurs qu’on lui inflige sa force de vivre, la passion de sa Grécité et la confiance de remporter, à partir de son deuil, la victoire sur ceux qui lui infligent des blessures :

« Ne pleure pas les Grecs, quand ils sont prêts à fléchir
Ne pleure pas la Grécité, quand elle s’agenouille
Le couteau sur la gorge, la corde au cou
Ne pleure pas la Grécité
Voilà qu’elle sursaute, reprend son envol
Reprend courage et gronde
Et frappe la bête avec le harpon du soleil. »

La musique de Theodorakis est d’une simplicité qui répond à celle des vers de Ritsos. De la plénitude de la musique grecque, byzantine, démotique et laïque naissent dix-huit chants d’une bouleversante intensité.

Le mélange des genres inclut toute l’étendue de la tradition populaire grecque. Les Mirologi d’Epire se retrouvent à côté d’échos de chants byzantins (Sylliturgo), les anciens rythmes à 7/8 et 9/8 (Ligna Koritsia – To Nero) rencontrent le « très lentement, comme des gouttes » de O Tamenos, et la chanson de table reprend la tradition des klephtes : Ti Romiossini min tin kles.

Ainsi les textes nés des racines de la Grécité et reconduisant à elle, gagnent une nouvelle authenticité.

Il n’est donc pas étonnant que les Grecs reprennent spontanément la conclusion répétée plusieurs fois sur un rythme de marche et fêtent en apothéose l’esprit de liberté retrouvé et triomphant.


© Guy Wagner: Mikis Theodorakis. Une Vie pour la Grèce, 2000



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