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CD Dionysos
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Quand Theodorakis présente en 1985 ses nouveaux cycles de chansons et qu'il part avec eux en tournée, de nombreux commentateurs ont oublié, tout comme une grande partie du public, que plus de dix ans ont passé depuis la fin de son exil de Theodorakis et de sa lutte contre la junte. Pour eux, il est toujours le « mythe vivant » de la Résistance.
Aussi, les retrouvailles ont-elles lieu sur de fausses bases: les nouveaux cycles composés dans un autre esprit ne « veulent pas vraiment rentrer dans la peau » , et rares sont ceux qui reconnaissent quelles innovations il y a encore dans les deux nouveaux cycles "Dionysos" et "Phaedra" que Theodorakis présente à l’occasion de cette tournée européenne.
"Dionysos" est la "Passion des Sadducéens" personnelle de Theodorakis, l’expression de ses propres souffrances physiques et morales et de celles de sa génération, la génération des sacrifiés, des « morts vivants. »
Avec ces chansons dont les textes ont été écrits par lui et dont la diffusion télévisée a été interdite par le gouvernement pendant la campagne électorale, Theodorakis retourne à une figure mythologique qui ne le lâchera pas dans les années à venir : Dionysos, le dieu du vin, de la végétation, de l’ivresse, de la démesure :
« Nous avons Apollo et Dionysos, et Dionysos exprime l’ivresse, le dépassement de soi-même, et je crois que cela est essentiel pour que l’être humain devienne homme » (Theodorakis à G.W. Entretiens de Vrachati, juillet 1994).
Theodorakis s’identifie à lui, tout comme deux ans plus tard il assimilera et identifiera le poète Kostas Karyotakis avec Dionysos et se reconnaîtra dans les deux.
Ce cycle est pour lui un amer regard en arrière sur la période déterminante qui a fait de lui l’homme qui dit « non » au fascisme et qui, pour ses convictions, est prêt à mourir : Dionysos prend part à la bataille de Makriyannis pendant laquelle les troupes britanniques occupaient l’Acropole, le 10 décembre 1944, mais malgré leur promesse de respecter le monument sacré, ils le tuent d’une balle dans le dos.
« A Macriyianni - avant que tu puisses parler
la balle d'un Anglais - t'a mis à genoux
Tu nous regardais - d'un regard mélancolique
on aurait dit que tu pensais - que la journée avait été trop courte »
Le cortège funèbre de tous ceux qui ont été tués par trahison, traverse Athènes en direction de la rue « Dionissou tou Aeropagitou », et maintenant, Dionysos meurt chaque hiver – par trahison – et renaît chaque printemps, et ainsi le dieu qui appelle à la révolution, à la libération, est éternellement vivant :
« Zi. » « Il vit, "Lambrakis vit", "Petroulas" vit, "Panagoulis vit" ! Ainsi Dionysos vit aussi : On ne peut pas tuer la vie. Je suis revenu à mes sources, car déjà dans ma jeunesse j’ai vécu intensément avec la tradition grecque, la mythologie grecque, les dieux grecs, les demi-dieux grecs. » (ibid.)
L’Interlude orchestral de Dionysos a un aspect « pathétique », tandis que la Danse d’Asikikos - une invention de Theodorakis sur la base des danses de l'Asie Mineure d'où sa mère était originaire - représentant le mode de vie du dieu, constitue l’une des compositions les plus riches en contrastes et les plus inspirées de Theodorakis.
Les deux partitions - celle de "Dionysos" et celle de "Phaedra" - constituent des actes de balance sur un fil musical ténu, tant le danger du dérapage vers le kitsch est grand, et selon la critique allemande, cette frontière « est continuellement transgressée. » Le programme de la tournée est considéré comme un « show de seconde classe » « où le pathétique et la sentimentalité s’unissent dans un mélange pénible » (in : Unsere Zeit, 11.6.1985)
Ces commentaires désobligeants incitent Yannis Ritsos, quoique malade, à une prise de position qui représente un document essentiel pour la réception fondamentalement différente de la musique de Theodorakis en Grèce et en Europe occidentale : Ce que nous considérons comme du « pathos » est pour les Grecs une attitude naturelle et répond à une manière de vivre.
Cela ne changeait cependant rien au fait que les représentations de "Dionysos", conçu comme spectacle sénique, aient connu des réactions très vives. Elles l'étaient d'autant plus que les Grecs se sont reconnus dans le miroir que Theodorakis leur avait mis devant les yeux.
Il n'allait pas en être autrement avec son opéra "Kostas Karyotakis"....
© Guy Wagner: Mikis Theodorakis. Une vie pour la Grèce. 2000
DIONYSOS, AST 270
Poèmes: Mikis Theodorakis
I. I POBI - La Procession
II. I DIKI - Le Procès
I Apologia tou Dionysos - L'Apologie de Dionysos
III. O LAOS - Le Peuple
Mia Filaki - Une Prison
IV. O DIONYSOS GIA TO LAO
a. To Psygio - Le Frigo
b. I Akrouda - L'Ours
V. CHORIKO
Stis 10 tou Dekemvri - Le 10 décembre
VI, I PRAGMATIKI APOLOGIA TOU DIONYSOU
a. O Prodatis - Le Traître
b. O Kolygos . Le Serf
c. Ti Romiossini na tin kles - Ne pleure pas la Grécité
VII. O ORAMATISMOS - La Vision
VIII. O APOCHERETISMOS - Les Adieux
a. Kala Vouna - Belles Montagnes
b. To Taxidi - Le Voyage
IX. I POBI SYNECHIZETI - La Procession continue
UA: 18.2.1985, Theater Orfeos, Athen
Thanassis Moraitis, Chorale Antonis Kontogeorgiou,
Orchestre (avec Papadopoulos et Karnezis, bouzoukia), Ltg.: Mikis Theodorakis
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