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Guy WAGNER, Mikis Théodorakis, une vie pour la Grèce, ed. Phi, Luxembourg, 2000, 486 p.(+ 32 pages de photos hors-texte). Diffusion en Belgique: Farandole Diffusion, 62 rue Albert 1er, 6540 Lobbes; en France: W+B, Librairie Wallonie-Bruxelles, 46 rue Quincampoix, 75004 Paris.
Jusqu' à présent, le seul livre en français consacré à Mikis Théodorakis était signé Gérard Pierrat et était paru en 1977. Il n'est donc pas exagéré de dire que le présent ouvrage comble une lacune. Mais s'en tenir là serait certainement injuste: il faut dire d'emblée qu'il s'agit DU livre de référence, d'autant que le lecteur français bénéficie de l'expérience accumulée par l'auteur dans les deux versions allemandes qu'il avait déjà publiées en 1983 et 1995. La présente édition est la version française revue et augmentée par l'auteur, corrigée par Mikis Théodorakis pour ce qui concerne les données strictement biographiques de la seconde édition allemande. C'est que Guy Wagner est un écrivain luxembourgeois qui s'exprime en trois langues (luxembourgeois, allemand et français). Il est aussi le fondateur de la Fondation internationale Mikis Théodorakis FILIKI, qui a des ramifications en Allemagne, aux Pays-Bas, en France et en Belgique.
L'ouvrage est d'abord une biographie exhaustive et fraternelle riche en faits et détails concrets (qui en rendent la lecture passionnante) comme en aperçus sur l'évolution musicale et politique de son personnage et cela grâce à l'accès aux innombrables sources et à la documentation que l'auteur a pu collecter au cours de longs entretiens personnels (novembre 1980, juillet 1994, avril 1999), ainsi qu'aux renseignements fournis par les écrits et par les proches du compositeur. Mélomane averti (il est aussi l'auteur d'un livre consacré à Mozart) Guy Wagner consacre une large place à l'analyse des oeuvres, particulièrement celles de musique dite "sérieuse" ou "classique", nombreuses chez Théodorakis, tout en faisant un sort à la distinction entre musique "sérieuse" et musique populaire chez l'auteur d'Epiphanie Avéroff. Evidemment, l'histoire de la Grèce est omniprésente et les événements politiques sont expliqués minutieusement, vu le rôle qu'il a joué sur cette scène, dès l'âge de seize ans. Ce livre est donc aussi une véritable et salutaire immersion dans cette Grèce du XXe siècle, avec son cortège d'événements méconnus, voire occultés par les commentateurs occidentaux.
Le récit biographique est entrecoupé de larges extraits des propos tenus dans les entretiens évoqués plus haut. Ils constituent autant de "bilans" (selon l'expression de l'auteur), dix-neuf en tout, clôturant chaque épisode.
Mais le présent ouvrage constitue bien plus qu'une biographie: il comporte très exactement cent pages d'annexe, toujours précieuses, qui en font un livre de référence, aisé à consulter: un texte de Théodorakis sur Antigone (un long extrait des entretiens), des documents sur la rocambolesque affaire de l'enlèvement de la famille Théodorakis par Jean-Jacques Servan-Schreiber en 1970, une chronologie détaillée (16 pages), un catalogue des oeuvres (11 pages!) subdivisées par genre (musique byzantine, symphonies, musique de chambre, de scène, ballets, pièces radiophoniques, musique de films, chansons), une bibliographie (7 pages), une filmographie (4 pages) et une discographie exhaustive, classée par maisons d'édition et couvrant 27 pages! Suivent les notes et un index des noms propres.
Cerise sur le gâteau: une postface de Théodorakis qui livre une synthèse de sa pensée actuelle sur sa vie, l'histoire de son pays et la position de l'Occident à son égard. Celui qui échappa tant de fois à la mort, qui souffrit tellement de la torture, qui dut vivre de longues années durant dans l'isolement et l'angoisse déclare: "... J'ai aimé sincèrement la vie que je me suis faite. Voyez-vous, j'avais le privilège de servir deux idées: la Liberté et la Musique et toutes deux sont sans frontière".
Et de juger son époque sans aménité : "Au cours des dernières décennies, les cercles dominants de l'Occident n'ont pas seulement réduit la musique à un produit de consommation bon marché ou à un faire semblant de sérieux, matériel et spirituel, mais ils laissent derrière eux un monde sans contenu, sans idéaux et sans beauté, dont les porte-parole tout-puissants d'hypocrisie ne réussissent plus à couvrir l'affreuse nudité."
Une traduction grecque devrait paraître cet automne aux éditions Gutemberg.
NDLR. Ajoutons que cet ouvrage n'est plus disponible mais que le "Journal" de M. Théodorakis a été traduit en français et publié chez Plon (2 vol.).
© Georges Deroy
In: HELLADIKA, Bulletin des Amis des Lettres Grecques et de Kazantzakis, n° 13, juin 2001, p.36
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