En exil dans son propre pays
Les chroniques de lutte et de l’angoisse du Romiossini, - les Filiki, le Vieux du Moréas Péloponnèse, Makriyannis, les Turcomachi (i.e. les combattants contre les Turcs) et qui ceux s’alignaient aux Armatoli (i.e. les gens armés) –, les combattants populaires, les rebelles à l’occupation dans les montagnes grecques libres, les martyrs célèbres et anonymes d’un peuple promis au sacrifice, mais non récompensé pour celui-ci, nos enfants d’aujourd’hui, nos visions multicolores de demain avec l’accomplissement du siècle.
La même foi, le même amour, une vie digne d’être vécue, le refus de la soumission. Toujours les mêmes serments qui restent – «liberté et progrès» – et toujours la trahison, - l'Hydre de Lerne -, qui guette.
Chaque fois cependant, de nouveaux combats nous appellent. On n’est arrêté ni par les intrigues, ni par le silence. Ils nous font aussi fort que des fauves, on croît en se battant, c’est cela notre histoire, chère et impitoyable.
Le chagrin et le désir ardent du Romiossini – notre chanson, celle qui a été chantée à l’ombre des platanes – plus tard au Korouskades, hier dans la nuit d’Athènes, la chanson qui sort des veines de notre pays, bannières et étendards, bercements et mirologi.
Les chansons de la représentation de Manto Mavrogenous ne correspondent pas à la mémoire de l’époque, mais au sens de notre histoire, parce que la vie dans notre pays ne se fait pas piéger dans un temps restreint, mais elle est une ligne une et indivisible, elle conserve chaque fois dans la différence des conditions, les éléments reconnaissables d’une éthique combattive unique, et d’une passion libératrice.
C’est Akritas, c’est Ipislantis, la dernière nuit de sa vie, notre frère mort qui chante avec nous et qui aide à construire l’espoir de tenter toujours de tenir le soleil haut au-dessus de la Grèce.
© Mikis Theodorakis
Traduction: © Héraclès Galanakis
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