<<< suite de I.
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Scène des "Suppliantes" (Iketides), en 1977
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Après la dictature, «Iketides» d’Eschyle a été ma première collaboration avec Evangelatos, ensuite, nous avons fait toute la trilogie de l’«Orestie»: «Agamemnon», «Les Choéphores», «Les Euménides». Chaque année nous avons fait une pièce, et puis toutes les trois pendant la quatrième année, et là, il y a avait six instruments. J’ai fait aussi «Les Chevaliers» («Ippies»), où j’avais dix instruments, «Prométhée» avec Evangelatos et «Hécabe» avec Alexis Solomos.
Cependant, on n’a jamais retrouvé la situation idéale comme en ‘60 quand je suis revenu de Paris et où il y avait de grands moyens à ma disposition.
J’ai dit à l’époque que, comme pour le ballet, il fallait un chœur de femmes, un chœur d’hommes, 24 chanteurs: un chœur comme un ballet. Des acteurs spécialisés qui danseraient, qui chanteraient, mais il aurait fallu en fait une vraie école pour apprendre le ballet, pour apprendre le théâtre, pour apprendre le chant...
A cette époque-là j’étais tout à fait disposé à travailler dans cette direction, et je faisais aussi des choses extraordinaires, mais il aurait fallu la continuité. Or, c’était la dictature, et après la dictature, le chœur était réduit à 18, et quand on a fait «Antigone» avec Volanakis, il n’y en avait plus que douze, et pour « Œdipe », en 1996, on n’était plus qu’à dix: le nombre a ainsi constamment diminué.
k.: Comment as-tu procédé pour donner à ta musique de scène une fonction spécifique s’intégrant dans le cadre de la réalisation scénique?
M.T.: Chaque fois je vouais une grande attention aux voix seules et réalisais un accompagnement simple qui ne dérangerait pas la parole, le texte. J’avais trouvé la guitare solo, doublée parfois par les violoncelles et les contrebasses et aussi de la percussion. Enfin, pour « Œdipe », j’ai fait une expérience: J’ai utilisé un «synthétiseur» qui avait d’énormes possibilités. A ce moment-là, j’avais comme collaborateur Yannis K. Ioannou, qui avait fait l’orchestration de «Politia III et IV» et qui joue très bien de cet instrument. Nous avons donc travaillé ensemble et trouvé des sonorités des rythmes, et nous sommes arrivés à un résultat extraordinaire.
Il avait néanmoins une grande différence avec mon autre musique: Alors que pour moi les mélodies n’ont rien de cérébral, qu’elles sont comme de l’eau qui coule de source, là c’était différent. Il ne s’agissait plus d’eau de la source, mais d’eau de la bouteille. La musique moderne c’est de la musique en bouteille, un liquide aux nombreuses couleurs et goûts, mais ce n’est pas de l’eau. J’ai fait des mélodies de bouteilles, très difficiles, mais très efficaces.
Elles convenaient bien à Œdipe. Pourquoi? Dans la mélodie, il y a un côté très humain, mais ces moyens techniques, ce n’est plus humain, c’est peut-être surhumain, c’est en fait contre l’homme, car tout ce qui s’y passe, est contre la logique. Or, l’histoire d’Œdipe, c’est le destin de l’homme, parce que l’homme y est une sorte de marionnettes dans les mains du Destin. C’est un homme innocent qui déclenche tous les malheurs, sans le savoir, pis, sa nature d’homme le pousse à vouloir découvrir la vérité, mais la vérité, c’est la mort, c’est la catastrophe absolue. C’est pour représenter ce caractère dépassant l’humain que j’ai utilisé les moyens électroniques.
Trois choses essentielles
J’adore les chœurs, c’est ce que j’aime le plus dans la vie, et c’est pour cela aussi que je suis rentré dans le monde antique, en écrivant mes quatre opéras.
Pour moi, il y a trois choses essentielles:
La première, c’est l’Acropole, le Parthénon, que le matin, je vois en premier. Le fait que je vive en face de l’Acropole, est pour moi un miracle, c’est ce que j’aime le plus.
Si je parle de la vie, je me dis que ce qui me manquera le plus, en la quittant, ce sera le Parthénon.
La deuxième chose, c’est la tragédie antique...
k.: Et la troisième?
M.T.: La troisième, c’est la symphonie, l’élément «occidental» dans cette synthèse de ma vie.
k.: Parlons de l’élément «occidental» de cette synthèse.
M.T.: Quand j’ai entendu pour la première fois une symphonie de Beethoven, elle m’a fait la même impression que l’Acropole et la tragédie antique. C’est le troisième côté du triangle, et c’est pour cela que je suis lié avec l’Ouest. S’il n’y avait pas la symphonie, je n’aurais peut-être aucun intérêt pour l’Occident, mais comme les grands monuments symphoniques occidentaux sont de la dimension des tragédies antiques, ils me rapprochent du monde occidental.
Dans les tragédies lyriques que j’ai composées, j’unis mon amour pour la tragédie antique et mon amour pour la symphonie. Voilà pourquoi cela ne m’intéresse pas si on me comprend ou si on me comprend pas, si les Grecs me disent: Tu es un Occidental, et si les Occidentaux me disent: Tu es trop Grec… J’ai fait ce que je voulais faire.
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Alexis Solomos
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>>> fin
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