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A propos de mes musiques de scène I.





Spyros Evangelatos
En été 2001, Mikis Theodorakis a présenté au Festival d’Epidaure une nouvelle musique de scène pour «Médée», la pièce d’Euripide donnée dans le prestigieux cadre naturel de ce lieu sacré, dans un mise en scène de Spyros Evangelatos, partenaire de longue date du compositeur. Comme cet aspect de la création chez le célèbre compositeur est pratiquement inconnue du grand public – mis à part le double CD d’«Ippies», les musiques scène ne sont pas gravées sur CD – nous avons voulu en savoir plus de lui.




k.: Mikis Theodorakis, dans quel but composes-tu pour le théâtre en général et le théâtre grec antique en particulier? Et quels ont été tes desseins spécifiques de ton écriture musicale pour «Médée»?

M.T.: Dans la tragédie d’Euripide, il y a le chœur des femmes, il y a Médée. Ils ne chantent pas: ils déclament, ils parlent. Pour eux, il y a une musique de scène pour quatre ou cinq instruments, et entre les séquences de cette musique de scène, il y a parfois le chœur qui chante. Pour lui, j’ai choisi une forme très, très simple.
Je ne voulais pas faire comme j’avais fait auparavant. Quand les protagonistes parlent et quand le chœur parle, je ne voulais pas qu’il y ait de la musique en dessous, mais je pense que c’est beaucoup plus clair si nous avons de petits motifs musicaux qui les caractérisent auparavant et si ensuite il n’y a pas de musique, car on entend alors d’autant mieux les paroles. Donc, à chaque fois, il y a seulement quelques secondes de musique, un instrument ou deux, une harmonie, un rythme, un ton, une atmosphère un esprit.

L’exception c’est le chœur. Pour lui, il y a comme un accompagnement discret, simple, pas de contrepoint, seulement une mélodie très claire, mais très efficace, selon ma propre technique, ma propre manière. Je voulais avec une mélodie efficace rendre le contenu sans qu’on dérange le flux des paroles. Je ne m’intéresse ici ni pour l’harmonie, ni pour le contrepoint, seul le texte m’intéresse, et j’ai voulu qu’il soit mis en relief sur un arrière-fond tout à fait mélodique. Et c’est ce qui est le plus difficile, mais je crois être arrivé à rendre les aspects du tragique et du lyrique avec une simple mélodie.

k.: Est-ce que cette mélodie est comme un leitmotiv?

M.T.: Non, non, il y a évidemment des choses qui se répètent, mais je suis l’évolution, la progression du texte, qui est aussi l’évolution des protagonistes et de la tragédie.

k.: Tu m’avais dit que les musiques de scène te servaient comme une sorte de laboratoire?

M.T.: Oui, pour moi, la question de faire de la musique de scène pour les tragédies antiques, est toujours une question de laboratoire, de recherche, parce qu’en Grèce, nous avons un théâtre «sacré», et chaque compositeur, tout comme chaque metteur en scène d’ailleurs, s’interroge comment être le plus près de l’esprit de la tragédie. C’est très difficile et très subjectif. Chaque fois que j’ai réalisé la musique pour une tragédie, j’ai fait quelque chose de différent, car je voulais toujours arriver depuis un chemin différent à mon but, et je n’ai pas fini de rechercher des voies nouvelles.

Une longue évolution

En 1950, quand je suis revenu de Makronissos, de l’exil; j’ai travaillé comme membre de l’orchestre, j’ai donc participé aux représentations du Théâtre Royal, le futur «National» et j'ai joué la musique des autres.

On avait débuté déjà avant la guerre, mais après ‘50, ont commencé les grandes représentations au théâtre d’Epidaure. Il y avait des metteurs en scène très connus comme Rondiris, Minotis, Musenides, Solomos. La musique, c’était d’abord Mitropoulos qui en a écrit pour «Electre», ensuite Paxinou, pour «Oedipus Tyrannos», et tous les compositeurs de l’école nationale. Il paraît qu’à ce moment-là, il avait de l’argent, et c’est pour ça qu’on a écrit pour grand orchestre: Mitropoulos avait 40 instruments à sa disposition.

Les Pheniciennes. Iocaste: Katina Paxinou
Avec le temps, on diminuait le nombre des instrumentistes pour des raisons économiques. Quand on m’a donné la première commande pour les «Phéniciennes» (1960), on m’a dit: Au maximum douze à quinze instruments! C’était assez. Après une année, j’avais une nouvelle commande pour «Ajax», avec Mouzenidis, et lui m’a dit: Pas plus de six instruments! Ensuite, j’ai fait «Les Troyennes» toujours avec Mouzenidis, avec six instruments également. Puis ce fut la dictature…

k.: … qui a été une césure dramatique!

M.T.: Effectivement…



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