TA NEA: "Le Salt Lake des interdictions"
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Dimitri Mitropoulos
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Salt Lake City n'a pas seulement joué un rôle à l'occasion des J.O. d'Hiver 2002 dans l'interdiction ou la censure du nom de Theodorakis ou de sa musique.
Par le plus pur des hasards, les interdictions y ont débuté en 1952, il y a donc tout juste un demi-siècle.
C'est ce que Mikis Theodorakis a raconté à Panos GERAMANIS du journal TA NEA …
Theodorakis lui assure d'abord combien le fatigue et le dégoûte cette histoire d'interdictions qui le suit constamment, et il est certain que ses conceptions politiques sont simplement des prétextes, mais qu'au fond il y a "la jalousie, seulement la jalousie, la pure jalousie."
En 1953 est arrivée la premier interdiction de son œuvre, et elle visait le célèbre chef d'orchestre Dimitri Mitropoulos lui-même.
Theodorakis dit: "A l'époque, je n'étais qu'un jeune élève qui essayait de faire ses premiers pas, sans que personne n'ait connu mes opinions politiques, à part, bien sûr, la police qui durant la guerre civile me transportait d'une prison à l'autre, avec comme point culminant Makronissos. Et pourtant…"
Il continue:
"Par le plus pur des hasards les interdictions de ma musique ont débuté du Salt Lake City en Utah, il y a un demi-siècle, en 1952. Un couple de gréco-américains de cette ville avait entendu à Irodion une de mes œuvres symphoniques et tout de suite il en a parlé à son ami Dimitri Mitropoulos, qui l'année suivante, était prêt a diriger ma Première Symphonie avec l'Orchestre Philharmonique de New York.
C'est alors qu'une équipe des compositeurs grecs (de musique symphonique) ont adressé une accusation - protestation au 'State Department ', accusant Mitropoulos d'avoir l'intention de jouer une œuvre d'un communiste.
Quel a été mon crime?, demande Theodorakis. Que je venais de sortir de Makronissos. C'est ainsi que le 'State Department', sur l'ncitation de compositeurs grecs, a empêché Mitropoulos de diriger mon œuvre. Avec des conséquences incalculables pour ma vie et ma carrière en tant que compositeur… "
Mikis continue : "L'année suivante, quand Mitropoulos est venu à Paris et à Londres, il m'a raconte lui même atterré et accablé cette histoire et se disait répugné par l'attitude de nos compatriotes."
Selon Theodorakis, cette histoire avait un autre côté inattendu:
"Quand les gréco-américains de Salt Lake City m'ont demandé à Irodion, en 1952, où me trouver, et parce qu'à cette époque je n'avais pas d'adresse fixe, je leur ai dit : A l'Orchestre National ou au Conservatoire d'Athènes!
C'est ainsi qu'un an plus tard, avec Mitropoulos, ils me contactent à ces adresses pour la partition de mon œuvre et le matériel d'orchestre à envoyer à New-York. Mais le temps passe et ils ne reçoivent pas de réponse. Ils écrivent a l'Union des Compositeurs. Là non plus, personne ne me connaît.. Finalement, ils s'adressent au Maire d'Athènes…"
En se référant à cet épisode, Mikis continue:
"J'avais un oncle., George Antovik, aristocrate gréco-russe, qui durant la révolution est venu s'installer en Grèce. Pour survivre, il était devenu chauffeur du président du Collège américain. En rentrant un soir d'automne de 1953 d'une réception chez le Maire d'Athènes, il a entendu son patron lui dire: La chance travaille pour un jeune compositeur grec, et lui n'en sait rien. Le maire m'a parlé de lui. Imagine qui le cherche: Mitropoulos, lui-même !
- Comment s'appelle-t-il?
- Makis, Michos…
- Est ce qu'il ne s'appellerait pas Mikis?
- Oui, oui, c'est ça : Mikis !
- Mais c'est mon neveu!
Le lendemain l'oncle Antovik était très tôt chez nous, à Nea Smyrne. C' est ainsi que j'ai pris contact avec Mitropoulos et avec l'aide de Stelios Kafantaris, nous travaillions jour et nuit pour préparer l'énorme matériel d'orchestre... jusqu'à ce que tombe sur nous la foudre de l'interdiction."
* * *
Dimitri Mitropoulos étudiait quand même quelque temps plus tard deux partitions de Mikis qu'il projetait de présenter avec l'Orchestre Philharmonique de New York.
Giorgos Pilichos, envoyé de TA NEA à Florence en 1957 pour le "Mai Musical Florentin" avait eu après la représentation d'Ernani de Verdi, une longue conversation avec le chef d'orchestre, comme il se le rappelle encore aujourd'hui, où il disait regretter que celui-ci ne dirige pas d'œuvres de compositeurs grecs.
Alors Mitropoulos lui dit: "J'ai joué une partition de Nikos Skalkottas et de Giorgou Sicilianou. Maintenant, j'étudie deux œuvres que Mikis Theodorakis m'a envoyées : 'Assi Gonia' et la 'Première suite pour piano et orchestre' que je veux programmer … "
Hélas, avant de pouvoir le faire, le célèbre maestro est mort et ainsi, il n'a jamais pu diriger des œuvres de Theodorakis!
D'après TA NEA. Traduction du grec: Héraclès Galanakis. Adaptation: Guy Wagner
voir aussi: Guy Wagner: Mikis Theodorakis. Une vie pour la Grèce. Editions PHI, p.87
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