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Mia Zoi yia tin Ellada IV





Theodorakis entouré d'amis (Maria Farantouri, Chr. Argyropoulos et Guy Wagner (Photo: Ariel Wagner-Parker)


Chapitre 4: Entretien avec Guy Wagner

Quand en 1973, Guy Wagner découvre Mikis Theodorakis, il ignore que c’est le début d’une longue et belle histoire qui commence. Presque trente ans plus tard, l’amitié qui unit les deux hommes trouve son apogée à Athènes. Sur cette terre grecque qui, au fil du temps, est devenue une seconde patrie pour lui, Guy Wagner a reçu un accueil plus que chaleureux, et kulturissimo a souhaité connaître ses impressions à son retour.

kulturissimo: Guy, qu’éprouves-tu maintenant après la sortie de ton livre en Grèce? De la sérénité? Un sentiment d’aboutissement? Comment as-tu vécu cette (re)-naissance de ton livre?

Guy Wagner: C'est d'abord un aboutissement, pas de doute. Theodorakis est mon ami depuis trente ans, et c'est une amitié qui dure. Au moment où je l'ai connu, je ne pouvais pas imaginer qu'un jour j’écrirais un livre sur lui, un livre qui, plus est, aurait un éditeur en Grèce.

En fait, c'est devenu un livre pour les Grecs, parce que Mikis y a ajouté des parties, il a écrit une nouvelle préface et pendant la présentation, il a insisté sur le fait que c’était le seul livre complet qui soit sorti sur lui, alors qu'il y en a une bonne dizaine en Grèce, parce que j’ai réussi à le voir dans son entièreté, parce que je ne dissocie pas «l'être Theodorakis» de l'homme politique et du musicien. Il a dit, entre autres, quelque chose dont je suis très fier, c’est que, bien que je ne sois pas musicologue, j'ai fait des analyses de ses œuvres qui ont toutes les qualités d'une analyse musicologique.
Il s’agit donc vraiment d’un aboutissement et d’un très beau moment, surtout qu’après avoir eu un certain nombre de problèmes de santé, je n'étais pas sûr de pouvoir retrouver la Grèce et Mikis. C'était donc aussi un moment de forte émotion.

k.: Paradoxalement, tu avais le désir de faire connaître à ses compatriotes le Grec le plus célèbre au monde quitte à ce que Mikis soit souvent très sévère avec ses compatriotes. Penses-tu que les Grecs accepteront facilement de relire cette partie sombre de leur histoire que traverse la vie de Theodorakis?

G.W.: C'est un fait que Mikis trouve une autre qualité à ce livre, parce que c'est un regard extérieur sur la Grèce, sur l'histoire aussi mouvementée que douloureuse d'un pays dans lequel lui-même est à la fois témoin, acteur et victime. Etant donné que l'enseignement de l'histoire en Grèce est aussi médiocre que chez nous et que l'on n’apprend pas aux jeunes l’histoire récente de leur pays, voilà donc un livre qui jette un regard pas tendre, mais toujours amical, sur la Grèce, et pas seulement sur l'homme dont j’ai rédigé la biographie.

k.: Pas de réaction pour l'instant?

G.W.: Des réactions au premier degré, oui, à l'occasion de la présentation, parce qu'il ne faut pas oublier qu'il y avait plus de cent personnes présentes et qu'il y a eu jusqu'à présent quinze grands articles et comptes-rendus de la conférence de presse avec photos, illustrations, des articles qui rendent bien compte de l'atmosphère qui régnait au cours de cette conférence de presse. A la fin, beaucoup de Grecs sont venus me voir pour me remercier de l'honneur que je leur faisais d'avoir consacré un livre à Mikis. Les Grecs se sentent souvent mis à l'écart, géographiquement parlant déjà, ils sont à l'écart de l'Europe, loin de tout, et ils sont reconnaissants pour tout regard qui se pose sur eux et pour toute sympathie qu'ils reçoivent. J'ai d'ailleurs pu le constater dans le message que Maria Farantouri a adressé à l'assemblée, qui est d'une chaleur amicale si grande qu’il devient vraiment émouvant.

k.: Ton livre retrace une partie de l’histoire très controversée d’un homme et d’un pays qui est aussi l'histoire d'une vie donnée à cette patrie, d'où le titre: «Une vie pour la Grèce». On y trouve de la violence, mais aussi une certaine amertume. L’opéra «Lysistrata» de Theodorakis, par contre, créé trois jours avant la présentation de ta biographie, est une comédie qui, sous des airs rieurs, véhicule un message très actuel contre la guerre. Fais-tu un lien entre les deux événements qui ont marqué ta semaine en Grèce?

G.W.: Tout à fait. Le message principal est contenu à la fois dans l'ouverture, dans un interlude et dans le final de l’opéra, toujours sur le même thème, une chanson que Mikis a écrite en 1947 intitulée: «Irini», ce qui signifie «la Paix». Tour l'opéra est placé sous le signe de la paix, de la réconciliation, car il ne faut pas oublier que le thème profond, déjà chez Aristophane, était un appel aux Grecs à ne pas se battre entre eux, à ne pas s'entretuer dans des guerres civiles et d'être unis face à l'ennemi extérieur.

Plus de 2.500 ans plus tard, la Grèce a vécu les mêmes désastres. Après avoir résisté à l'envahisseur italien, avoir été conquise par l'oppresseur allemand et s'être libérée elle-même et seule du fascisme, elle a sombré dans une guerre civile effrayante et n'a retrouvé une normalité qu'il y a un peu plus de vingt-cinq ans. Theodorakis a été dans la résistance contre les envahisseurs étrangers, du côté de la gauche pendant la guerre civile, il a été torturé à Makronissos et a mené d’intenses luttes pendant la période où la Grèce tentait de se renouveler dans la révolution culturelle qu'il avait engagée avec Hadjidakis. Malheureusement, ce grand élan a été brisé net avec l'arrivée de la junte, et il aura encore fallu trois ou quatre années après la fin de la dictature pour qu'il y ait une certaine stabilité dans le pays. Tout cela, c’est le vécu de Mikis, et «Lysistrata» est une constante du message de Theodorakis: «Faites la paix!». Que son oeuvre s'achève sur une telle partition en dit long! Je pense que ce message-là a été compris: Mikis a reçu une ovation debout. De toute façon, depuis qu’il est sorti de la politique politicienne, il est devenu un symbole national, un «Saint Laïc National Grec».

k.: Comment as-tu trouvé Mikis? Avec l'âge, n'est-il pas perdu de son pouvoir d'indignation face aux événements?

G.W.: Nullement! Il a dit lors d’une interview en 1995 dans une émission de France-Culture avec Martine Cadieu qu'il n'accepte pas l'injustice, qu'il n’accepte pas la violence, qu'il n'accepte pas le mal que l'on fait, en particulier aux animaux, parce qu'ils sont innocents. Mikis a toujours cette révolte spontanée, lorsqu'un malheur arrive, lorsqu'un peuple souffre, comme c'est actuellement le cas pour les Palestiniens. On le trouve chaque fois en première ligne, tout comme on le trouve en première ligne quand on attaque ou dénigre son pays, et il monte au front si la Grèce risque de perdre sa dignité. Je suis convaincu qu’il restera ainsi jusqu'à la fin de sa vie.

k.: La Grèce fait partie de ta vie, elle est comme une seconde patrie pour toi. Crois-tu que les Grecs seront à jour capables d'établir la paix avec leurs voisins turcs, donnant ainsi l'exemple dans cette partie de la Méditerranée aux limites du Moyen-Orient?

G.W.: Oui. Pour le moment, il y a encore la politique politicienne qui joue en partie, mais c'est un fait que dans le cadre du conflit israélo-palestinien, les ministres des affaires étrangères grec et turc ont décidé d'aller ensemble en Israël pour montrer que même des luttes héréditaires, séculaires peuvent se résoudre s'il y a la volonté d'y parvenir. Maria Farantouri, ensuite Mikis, ont été les premiers à initier avec le poète, chanteur, homme politique turc Zülfü Livaneli l’amitié gréco-turque pour montrer que ce qui avait été possible entre la France et l'Allemagne après des guerres séculaires, devrait l’être dans cette région-là du monde. Je pense que si l’élan actuel de coopération et d'entraide que nous avons vu, entre autres, lorsqu'il y a eu les deux séismes, perdure, cette réconciliation peut servir d'exemple à beaucoup de pays qui subissent actuellement de terribles tensions et qui sont durement éprouvés.

k.: Qu'as-tu envie d'ajouter à propos de la Grèce?

G.W.: Tout d'abord que cela m'a fait chaud au cœur de la retrouver, que malgré tout ce que l'on dit sur le bruit, le chaos, la pollution, Athènes a quelque chose d'absolument unique, pas seulement à cause de l'Acropole, et, lorsqu'on regarde les paysages de Grèce, on peut dire que c'est vraiment «Luxe, calme et volupté»…

Propos recueillis par © Monique Bonati



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