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Zorba dirigé par Charles Dutoit (DECCA)
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La danse de vie
Mikis Theodorakis: „Adagio“, „Carnaval“ (3 danses). Kenneth Smith, flûte, Philharmonia Orchestra; „Zorba“ (Suite de Ballet). Ioanna Forti, Chœurs et Orchestre Symphonique de Montréal, Charles Dutoit. 1 CD DECCA (50’14), 2000-2004
En 2000, des concerts avec Charles Dutoit à Montréal et New York connaissaient un succès d’autant plus mérité que le travail du chef d’orchestre avec l’Orchestre Symphonique de Montréal, à l’époque encore le „sien“, était exemplaire. Jamais, la musique de Theodorakis (*1925) n’avait brillé d’un tel éclat, et l’on se disait que si un chef et un orchestre pareils allaient se consacrer à son œuvre symphonique, toujours une „terra incognita“, comme l’écrit fort à propos Georgios P. Malouchos dans le livret accompagnant le CD, et si un grand label publiait leurs enregistrements, on pourrait commencer à espérer que cette musique gagnerait la reconnaissance et l’estime internationales qu’elle mérite. Seulement voilà, entre-temps, Dutoit a quitté Montréal avec le fracas qu’on connaît, et l’on s’interrogeait si l’enregistrement allait jamais sortir. C’est chose faite, juste avant les J. O. d’Athènes, enfin et heureusement, les musiques complémentaires de „Zorba“ ayant pu être enregistrées en 2004 avec le Philharmonia de Londres!
Nous trouvons ainsi sur ce CD des compositions de Mikis Theodorakis de trois époques différentes. L’„Adagio“, dédié aux victimes de la Guerre de Bosnie, est de 1993. Il est issu d’une chanson du cycle „Béatrice sur la rue Zéro“ de 1987 et est à mettre légitimement aux côtés de ceux d’Albinoni ou de Barber, tant sa douloureuse lamentation est émouvante. Regret cependant que les deux autres variations, celles pour clarinette solo et pour trompette solo avec cordes et percussion, n’aient pas été enregistrées: il y aurait eu assez de place sur le CD!
„Carnaval“, le premier ballet de Theodorakis, créé à Rome en 1953, est inspiré des musiques populaires que le compositeur entendait quand il était banni sur l’île d’Icarie (1947-1948) et quand il découvrait la Crète de ses ancêtres (1951). Cette musique se fondra 35 ans plus tard dans celle pour le ballet „Zorba“ écrit pour les Arènes de Vérone, où il a connu un triomphe en 1988 et en 1990. Entre-temps, il est devenu un des ballets les plus dansés au monde.
Charles Dutoit a sélectionné trois danses de „Carnaval“ qui montrent bien comment se fait l’évolution d’une musique vers une autre chez le compositeur grec, pour qui sa création forme un tout, dont les différentes parties s’inspirent mutuellement. Mais il faut encore une fois s’interroger à propos de ce CD: Pourquoi ces trois danses, excellemment jouées, sont-elles gravées derrière la Suite de „Zorba“ qui en est le prolongement et qui de toute façon constitue l’apothéose de l’enregistrement? D’autant plus que Dutoit, les brillants musiciens et choristes de Montréal, ainsi que la soprano Ionna Forti, réussissent à montrer la progression de la trame dramatique du ballet „Zorba“, mis à part le fait que le „hassapiko“ (Scène 17) est beaucoup trop lent!
Dans son interprétation par ailleurs éblouissante, Dutoit réussit à rendre évident que nous sommes ici confrontés au théâtre éternel de la vie et de la mort. De manière logique et conséquente, le grand chef aboutit à l’extase que constitue la célébrissime danse qui, reprise par tous les participants du ballet, ici incarnés par les admirables chœurs, devient une ivresse des corps permettant aux protagonistes, Zorba et John, de retrouver la joie de vivre.
C’est vrai, la „danse de Zorba“ est une danse de vie, et plus que jamais chez Theodorakis, nous sommes ici aux sources des mythes grecs et du conflit sempiternel entre la vie et la mort, l’amour et la haine, le désespoir et la rage de vivre: Apollon et Dionysos sont éternels.
Ce message, Dutoit et ses interprètes le transmettent avec bonheur, et on ne peut qu’espérer qu’après ce premier coup de maître, le brillant maestro pourra continuer à promouvoir le grand Theodorakis, une des figures de proue contemporaines, dont tout un pan de l’immense création reste malheureusement toujours ignoré.
© Guy Wagner, in "Pizzicato", septembre 2004
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