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Theodorakis à Icarie
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Un an auparavant, à Tripolis, j'avais déjà commencé à m'exercer à l'harmonium. C'est à cette époque que je ressentis, une fois de plus, le fort désir de devenir compositeur. L'orchestre du conservatoire d'Athènes me donnait en outre pour la première fois l'occasion d'entendre jouer un orchestre symphonique en direct - ce qui m'impressionna beaucoup.
Lors d'un stage consacré à la musique de chambre, je commençai à aborder les sonates pour trios et quatuors.
Mes amis et moi organisions fréquemment des soirées musicales chez des particuliers. Ce furent les loisirs les plus intéressants que nous ayons jamais connus pendant l'occupation allemande.
En outre, comme j'étais tenu de chercher du travail pour gagner un salaire, même minime, afin de ne pas laisser ma famille mourir de faim, et que je m'étais engagé dans la résistance nationale, mes études se poursuivirent à un rythme chaotique. Néanmoins, je passai - avec succès - mes examens d'harmonie, de contrepoint et de technique de la fugue.
En 1944, alors que la ville d'Athènes était libérée de l'occupation allemande, les premières partitions de musique firent leur apparition en Grèce, de même que les disques présentant des oeuvres de compositeurs importants tels que, par exemple, Claude Debussy.
Mes condisciples m'encouragèrent à composer des oeuvres de musique de chambre. Nous nous enfermions dans une salle dès qu'une nouvelle oeuvre était achevée, afin de la faire jouer et de l'écouter. J'attachais
une grande importance au contact direct avec les musiciens. C'est ainsi que je pus apprendre à mieux connaître les instruments, leurs possibilités, les techniques de jeu.
Je n'ai, pour autant que je me souvienne, jamais soumis une seule oeuvre à la critique - sévère - de mes professeurs. Seul Kostas Kidoniatis, le plus jeune d'entre eux, qui se sentait proche de nous, eut cet honneur.
Le Trio, composé en 1947, fut présenté pour la première fois en 1952.
Dès 1946, je faisais partie du mouvement clandestin. Mon arrestation eut lieu en 1947, suivie d'une période d'exil sur l'île d'Icaria. C'est à la même époque, alors que j'écrivais le Trio, que je composai les Préludes pour piano. Je pense avoir suivi la bonne voie à cette période, mais, comme je l'évoquais déjà, je fus arrêté et banni sur lkaria.
C'est sur cette île que le maestro et professeur Georgios Likoudis me demanda de réécrire le Trio pour orchestre d'instruments à vent. Les conditions d'exil étant très dures, il était difficile d'envoyer le manuscrit à Myrto, étudiante en médecine habitant à Athènes et qui devint mon épouse plus tard. Myrtho se chargeait de transcrire à l'encre les notes que j'avais écrites au crayon. Cependant, pour des raisons inexplicables pour moi, il fut interdit à Likoudis de faire jouer cette reuvre par l'orchestre d'État.
Dans mon livre «Oi dromoi tou archangelou» (Les Chemins de l'Archange), j'ai décrit de manière détaillée les conditions dans lesquelles je vivais à l'époque, en montrant comment ont évolué mes compositions pendant tous les événements politiques que connut mon pays natal.
Quoi qu'il en soit, le Trio est tombé dans l'oubli. Il fallut que 40 années passent avant qu'il ne ressurgisse de mes papiers pour renaître une nouvelle fois.
Il m'est difficile de trouver les mots adéquats pour exprimer la joie que j'en ressens.
© Mikis Theodorakis, 2001
TRIO POUR VIOLON, VIOLONCELLE ET PIANO, AST 41
Composé du 12.1. au 23.2.1947 à Athènes
Mouvements:
1. Adagio
2. Allegro vivace
3. Andante mosso
4. Allegro vivace
Création, le 8.4.1952 à Athènes
Viron Kolasis, violon, Kostas Kydoniatis, violoncelle, Aris Garoufalis, piano
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